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Dette écologique. Michel Barnier a lancé le mot dans sa déclaration de politique générale, évoquant deux dettes, l’une financière et budgétaire, l’autre écologique. L’expression pourrait être interprétée comme un heureux présage. Ne doit-on pas y voir le signe qu’enfin les enjeux climatiques et de biodiversité seront traités à parité avec l’économie, que leur urgence est reconnue ?
Surtout qu’on ne peut dénier au premier ministre un engagement de longue date sur ces sujets. Il avait déjà accompagné le premier ministre de l’environnement, Robert Poujade, au moment de sa prise de fonction, en 1971. En 1995, la loi Barnier concernant le renforcement de la protection de l’environnement avait, elle, permis l’éclosion de nombreuses initiatives, notamment associatives.
Un impératif moral à agir
Pourtant, malgré la volonté affichée, le discours de Michel Barnier ne suffira pas à rassurer. La relance de la planification écologique annoncée est sûrement une bonne chose. Elle se heurte pourtant au mur de la réalité. Plusieurs membres de l’équipe du secrétariat général à la planification écologique ont justement annoncé leur départ, las de programmer et de planifier dans le vide, et d’être soumis à la cyclothymie gouvernementale sur des sujets qui nécessitent du temps et de l’opiniâtreté. L’agriculture continue d’être traitée à part, avec une approche qui renonce à préserver la nature.
La destinée la plus probable de l’expression de « dette écologique » sera de rester un mot flottant, de s’apparenter à un effet de manche. Et ça, ce n’est plus possible !
Qu’est-ce que la dette écologique ? D’abord le fait de reconnaître que le modèle économique actuel a entraîné une dégradation des conditions de vie sur la planète et que cette dégradation s’accélère. Il y a urgence à changer. C’est aussi reconnaître une responsabilité de ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui vis-à-vis des générations à venir, des plus jeunes, de ceux qui vont hériter d’un monde en mauvais état. C’est aussi et c’est trop peu évoqué, la dette des pays du Nord vis-à-vis de ceux du Sud, qui suffoquent déjà face au réchauffement. Évoquer une dette écologique, c’est se fixer une forme d’impératif moral à agir.
Oser penser l’avenir
La situation budgétaire est très préoccupante, elle suppose des arbitrages ultra-sensibles sur la fiscalité et le rythme de réduction du déficit, des négociations avec Bruxelles, un pari sur les réactions des entreprises et de la société. C’est un casse-tête. Mais elle ne doit pas obscurcir tout horizon, ni paralyser toute capacité à imaginer un avenir, et à agir.
Aujourd’hui penser ensemble dette budgétaire et dette écologique, c’est justement se situer dans une perspective, associer court et moyen terme, s’attacher à définir une vision collective du futur. Réduire le déficit budgétaire, augmenter certains impôts, ne doit pas être un couperet et interdire d’investir, d’innover, de se projeter. C’est en osant penser l’avenir que l’on sera le plus efficace.
Ritualiser l’examen de la dette écologique
Mais la dette écologique est un enjeu qui appelle une définition précise et un mode d’emploi. Or le contraste avec la manière de traiter de la dette budgétaire frappe. Cette semaine commence à l’Assemblée nationale l’examen du budget, un exercice rituel et très politique.
Quand va commencer l’examen de la dette écologique ? Quels rituels y associer, quelles procédures de décision, quels financements, quels moments forts et quels symboles ? Tout reste à construire. Certains mots sont trop graves et trop engageants pour rester cantonnés au discours. Traitons enfin la dette écologique !
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