Effectifs, santé mentale, laïcité… Sophie Béjean, rectrice de l’académie de Montpellier, passe au tableau face aux lecteurs de Midi Libre

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Au lendemain de l‘annonce d’un budget 2025 prévoyant la suppression de 4000 postes d‘enseignants dans le premier degré, opportunité démographique pour l’État, la rectrice de l’académie de Montpellier Sophie Béjean a très vite été rattrapée par l’actualité, au moment de faire face à neuf lecteurs de Midi Libre venus la questionner sur les problématiques qui traversent l’école.

Neuf lecteurs face à Sophie Béjean

Les neuf lecteurs qui ont échangé avec Sophie Béjean, de gauche à droite sur la photo ci-dessus : 

– Gilles Roumieux, professeur d’histoire-géographie à Alès ;
– Arnaud Virazel, professeur à la faculté des sciences de Montpellier ; 
– Francis Saint-Léger, maire des Monts-de-Randon, ancien député de Lozère ; 
– Olivier Briffaut, proviseur du lycée Jean-Lurçat à Perpignan ; 
– Valérie Barylo, administratrice nationale et secrétaire adjointe de la FCPE Hérault ;
– Mathieu Ourliac, chef d’entreprise et président du Medef Ouest Hérault ;
– Caroline Chatillon, cheffe d’entreprise à Lavérune ; 
– Laurent Jaffré, professeur des écoles à la retraite ;
– Dominique Garrido, psychologue de l’Éducation nationale.

 

Attractivité du métier d’enseignant

« Le concours du professeur des écoles a fait le plein ! »

Avec 63 milliards d’euros, le budget du ministère de l’Éducation nationale demeure le premier budget de la nation. « Il est en augmentation de 800 000 € environ », signale la rectrice. Malgré cet argument de poids, la suppression de 4 000 postes d’enseignants dans un secteur qui subit une crise d’attractivité inédite interroge la communauté éducative. « Il s’agit d’accompagner les évolutions d’effectifs des élèves. Elles existent dans notre académie, avec des baisses importantes d’élèves dans le premier degré depuis deux ans. »

Une inflation administrative qui prend le pas sur le pédagogique

En cette rentrée, ce sont 1 400 élèves en moins sur les bancs de l’école. « Ce qui n’a pas empêché les créations d’emplois et donc amélioré le taux d’encadrement, par des doublements de classes pour avoir des groupes à effectifs réduits, par exemple au collège, en maths et en français. »

Laurent Jaffrey, est un jeune retraité de l’enseignement. « Je suis parti bien avant l’âge légal, parce que j’ai commencé vraiment très jeune, étant recruté à un peu moins de 20 ans. » Il s’est donc « saisi de la chance » de pouvoir partir « au plus tôt », insiste-t-il. « J’ai commencé par une classe d’une petite vingtaine d’élèves, pour finir avec 32 », oppose-t-il, tout en constatant que ces dernières années, « une inflation administrative qui a pris le pas peu à peu sur le pédagogique. Notre investissement en classe comportait les six heures élémentaires plus les corrections, les préparations auxquelles sont venues s’ajouter les obligations administratives sur ordinateur, des sites informatiques qui exigent une énergie et un investissement très importants. »

L’académie de Montpellier, toujours très attractive

Pour autant, il faut vivre dans l’air du temps. « On ne peut pas se passer des outils numériques, je sais bien que cela crée des grains de sable. Mais nous accompagnons », se défend la rectrice. La crise des vocations touche sans doute moins une académie telle que Montpellier, qui figure parmi les plus demandées. Les enseignants qui y sont affectés souhaitent y rester. « Notre académie est très attractive. Le concours du professeur des écoles a fait le plein, et à très bon niveau, tout le monde a eu 12 sans problème », précise Sophie Béjean. « On sait qu’il est de plus en plus difficile d’être enseignant aujourd’hui », ajoute-t-elle.

Mais la problématique du recrutement est commune à d’autres métiers. Les démissions se compteraient « sur les doigts ». Du moins, peut-elle affirmer que sur les 36 000 enseignants de l’académie, la proportion est infime.

L’attractivité est bien sûr, – et l’actualité le confirme avec l’agression d’une enseignante à Tourcoing-, mise à mal par des atteintes récurrentes au principe de laïcité, « en croissance », admet la rectrice. « On constate aussi que les situations de harcèlement ne sont pas forcément bien gérées par les personnels. Et il y a une réelle méconnaissance du cyberharcèlement », relève Valérie Barylo, vice-présidente de la FCPE. « Nous avons un objectif de déploiement du programme Phare dans 100 % des collèges, des lycées, des écoles. Je peux vous attester que tous se sont engagés, mais nous sommes, à l’heure où je vous parle, à 55 % des formations déployées. Donc il faut que l’on continue », lui répond Sophie Béjean.

Sophie Béjean a répondu sans détours aux questions des lecteurs.
Sophie Béjean a répondu sans détours aux questions des lecteurs.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Carte scolaire

« Soutenir les territoires, un véritable enjeu »

Le maire de Monts-de-Randon, commune lozérienne de 1200 habitants née de la fusion de plusieurs villages de Margeride, n’est pas venu les mains vides.Francis Saint-Léger a montré à la rectrice une carte, celle de la fermeture des classes en France. « On y mesure combien les territoires ruraux sont fragiles. En Lozère, il y a une trentaine d’années, chaque commune avait son école. Aujourd’hui, deux sur trois n’en ont plus.On en a perdu 70 %, sans parler du nombre de classes, quand les effectifs sont passés de 7 000 à 6 000 élèves dans le même temps, soit une diminution d’à peine plus de 10 %. Chaque rentrée est, pour les élus et les parents, une véritable angoisse », a déroulé celui qui fut député de 2002 à 2012.

Un exemple parlant : celui de la Lozère

Sophie Béjean a d’abord rappelé un principe : « S’il y a moins de classes, c’est parce qu’il y a moins d’élèves. » Avant de se faire rassurante : « Soutenir les territoires, c’est pour nous un enjeu, une priorité. Et l’exemple de la Lozère est parlant, parce que c’est le département qui a le meilleur taux d’encadrement de toute la France, alors même qu’il est le plus petit en population et, de facto, en population scolaire. Pour autant, nous y avons maintenu les effectifs. Il y a eu une reprise de deux enseignants l’an dernier, ce qui est très peu. »

La rectrice assure être attentive à ne plus avoir à fermer d’école dans ces territoires. « Il s’agit pour nous de mieux travailler avec les élus, à travers la mise en place des observatoires des dynamiques rurales portés avec les préfets. Il faut pour cela anticiper, avoir une projection sur trois ans, pour qu’on ne se retrouve pas devant un fait accompli où, du jour au lendemain, il n’y a plus d’élèves. Pour cela, nous avons signé des contrats de territoire éducatif rural, dont l’objectif est de maintenir des équilibres et ainsi préserver les villages. Cette attention est très forte, il est très important de maintenir des écoles, de maintenir des enseignants dans des territoires, des villages où peut-être il n’y a qu’une douzaine ou une quinzaine d’élèves par classe », a poursuivi la rectrice.

L’école : dernier bastion des services publics en ruralité

Francis Saint-Léger ne pouvait qu’approuver, appelant tout de même à la vigilance.« La solution de réunir plusieurs niveaux dans une même classe pour réduire le taux d’encadrement peut pousser les parents à changer d’établissement ce qui le met alors en danger.Or, l’école représente le dernier bastion des services publics en ruralité », défend l’élu. Le message est passé.

Le débat a été animé par Olivier Biscaye, directeur de la rédaction de Midi Libre.
Le débat a été animé par Olivier Biscaye, directeur de la rédaction de Midi Libre.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Valeurs de la République, laïcité, sécurité

« Tolérance zéro face aux actes d’antisémitisme »

À la veille des cérémonies d’hommage de Samuel Paty et Dominique Bernard, enseignants victimes du terrorisme islamiste, Gilles Roumieux, professeur d’histoire-géographie à Alès, a demandé à la rectrice « comment l’école peut renforcer les valeurs de la République et faire Nation ».

« Il n’y a pas d’école sans laïcité ; les valeurs de la République, c’est le premier axe du projet de l’académie de Montpellier », a répondu Sophie Béjean, rappelant « le message très fort » du ministre Attal en septembre 2023, lorsque la rentrée a été marquée par de nombreux cas d’élèves portant une abaya, vêtement jugé religieux. « Cela a été compliqué, les chefs d’établissement peuvent en témoigner, mais grâce à ce message fort, la situation s’est améliorée ». Ce travail s’est notamment traduit par une formation à la laïcité pour tous les personnels. « L’objectif, c’est de faire bloc au sein de l’établissement, d’avoir une culture commune pour réagir à la protestation d’un élève, d’un parent. Cela ne doit pas être l’affaire d’un seul enseignant. »

Un plan d’action dans six établissements

Si les premiers résultats sont « positifs », le contexte international au Proche-Orient a conduit à « une recrudescence de faits d’antisémitisme et de racisme ». « Dans ce cas, c’est tolérance zéro, avec la mise en œuvre de mesures disciplinaires, sous la responsabilité du chef d’établissement, graduées selon la nature des actes. » Six établissements ont été identifiés, dans l’académie, comme particulièrement sensibles. « On va y déployer un plan d’action dédié. Ce n’est pas supportable que des enfants aient peur dans un collège ou un lycée à cause de leur religion ou leur culture », tance la rectrice.

Les assassinats des deux enseignants renvoient aussi aux questions de sécurité. « On travaille avec les préfets et les forces de l’ordre bien sûr, mais aussi les collectivités pour la sécurisation des établissements : rehausser les grilles, mettre en place un portique d’accueil, déplacer une entrée… On va par ailleurs expérimenter, avec la Région, un bouton d’appel automatique qui alerte la police. La ministre, enfin, nous a demandé de faire remonter les établissements qui doivent intégrer un nouveau plan de sécurisation des bâtiments scolaires. »

Gilles Roumieux a encore orienté le débat sur la difficulté de faire vivre la mixité scolaire. « Ce sont les enseignants qui assurent la continuité du service public dans les quartiers où se concentrent les grandes difficultés sociales. Au-delà des enseignements, on essaye de donner à ces enfants des perspectives, par exemple avec des classes défense ou des immersions en lycée professionnel, en entreprise. Il n’y aura jamais de renoncement », affirme Mme Béjean.

Sophie Béjean a répondu sans détours aux questions des lecteurs.
Sophie Béjean a répondu sans détours aux questions des lecteurs.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Santé mentale

« Des élèves en boucles sur les réseaux sociaux »

Dominique Garrido représente le collectif des psychologues de l’Éducation nationale sur l’académie. « Dans un projet qui se donne pour objectif le bien-être des élèves, comment peut-on écarter les psychologues en diminuant drastiquement les budgets et en nous demandant de nous rendre moins que d’habitude dans les établissements scolaires ? »

Un plan de formation en santé mentale

Des réductions de budget en cours d’année n’ont pas permis les anticipations nécessaires, « c’est exceptionnel », rappelle Sophie Béjean. « J’espère vraiment que l’année prochaine, nous puissions prioriser l’accompagnement des élèves qui sont en mal-être. Cela nous a amenés à mettre en place un plan de formation en santé mentale des enseignants, des AED, des CPE pour ensuite relayer auprès des personnes compétentes, comme vous l’êtes. »

Des boucles « fermées » qui échappent aux adultes

L’épineuse question du cyberharcèlement est au cœur des débats actuels, face à des enseignants qui se sentent démunis. « Des élèves sont sur des boucles fermées, de type WhatsApp, et elles échappent aux adultes. Raison pour laquelle nous expérimentons cette année la pause numérique. Il ne s’agit pas de travailler sur l’interdiction du téléphone, mais sur la proposition d’activités autres, aux élèves, pour qu’ils retrouvent de vraies interactions », précise Sophie Béjean qui invite aux équipes et aux chefs d’établissement de signaler le moindre incident.

Culture et sport aussi !

« Il y a des situations que j’ai eues à gérer et que je traite encore depuis un an et demi. » Le bien-être, c’est aussi la culture et le sport. « C’est important que les enfants voient autre chose que les programmes scolaires », indique Caroline Chatillon. « Les bus du savoir seront arrêtés au 1er janvier 2025. La Métropole nous dit de prendre les transports en commun gratuits ! ». Encore faut-il y avoir accès quand on vit dans un secteur non desservi !

Une heure trente de questions-réponses, un riche débat.
Une heure trente de questions-réponses, un riche débat.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Ecole inclusive

« Aujourd’hui, les AESH sont professionnalisés »

Le budget 2025 supprime des postes d’enseignants mais il finance la création de 2000 postes d’AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), afin de répondre au mieux à l’augmentation des besoins d’accompagnement humain. « Ce chiffre est-il confirmé ? », interroge Olivier Briffaut, proviseur du lycée Jean-Lurçat à Perpignan.

7 000 personnels sont des AESH

« C’est l’école inclusive », confirme Sophie Béjean. « Dans l’académie, on a multiplié par deux le nombre d’équivalents temps plein ou ETP. 7 000 personnels sont des AESH, et cette rentrée, 120 ETP les ont rejoints. Dans le même temps, les Unités localisées pour l’inclusion scolaire, les Ulis, sont en place. Il existe 500 enseignants spécialisés en Ulis sur l’académie. »

Face à la difficulté de gestion, dictée par des classes de plus en plus hétérogènes, le proviseur explique sa crainte de voir les difficultés « se médicaliser », ce qui laisse entrevoir, pour les établissements scolaires, une prise en charge qui ne saurait être à la hauteur des compétences en présence. « Il faut se rappeler, qu’il y a sept ans, les AESH étaient des AVS, des emplois aidés, qui ne restaient pas dans l’Éducation nationale, et qui, d’ailleurs, n’y étaient même pas accueillis. Aujourd’hui, les AESH sont professionnalisés, payés sur les crédits de l’EN, formés, inclus dans les équipes et coordonnés au niveau des Pial (Pôle d’inclusion et d’accueil localisé), car c’est au niveau local que les besoins sont le mieux identifiés. »

Des besoins exponentiels qui inquiètent

Les élèves sont tous singuliers par leurs troubles et ne progressent pas de la même manière : « Il y en a qui vont très vite, d’autres moins, d’autres ont des difficultés à un moment donné dans leur vie personnelle et familiale. D’où l’importance de la différenciation pédagogique. L’enjeu est de répondre aux besoins, mais ce n’est pas facile, parce qu’ils sont en croissance chaque année, malgré les recrutements. Il y a encore de vraies marges de progrès à réaliser pour que cette différenciation soit une réponse aux besoins particuliers des élèves », explique la rectrice. « On a effectivement beaucoup progressé quantitativement, qualitativement, en termes d’accompagnement des AESH », admet le proviseur. Mais les besoins « exponentiels » inquiètent.

Sophie Béjean a répondu sans détours aux questions des lecteurs.
Sophie Béjean a répondu sans détours aux questions des lecteurs.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Ecole-entreprise

« Répondre aux besoins du territoire »

Mathieu Ourlhac, président du Medef Ouest-Hérault, a lancé le sujet de la relation école-entreprise, en évoquant d’abord les stages de deux semaines pour les élèves de seconde initiés en juin dernier, « mesure annoncée par Gabriel Attal dans l’Hérault », a rappelé la rectrice. Elle considère qu’avec « 90 % des élèves ayant trouvé une entreprise« , le bilan s’est avéré « positif », même si la représentante des parents d’élèves Valérie Barylo s’est montrée plus mesurée sur cette façon de « reconquérir le mois de juin ». « On va travailler, avec le Medef, la CPEM, les chambres consulaires, les branches professionnelles, à des pistes d’amélioration« .

Une relation « essentielle »

Car, estime Sophie Béjean, cette relation entre les deux univers est « essentielle », à la fois pour offrir des perspectives aux élèves, « les stages, immersions, visites permettant de lutter contre certaines représentations, idées fausses ou datées », et pour « contribuer au développement économique du territoire » en adaptant des formations qui répondent aux besoins des entreprises. La rectrice a pris l’exemple de Béziers, secteur industrialisé, « où une formation d’ingénieurs va bientôt voir le jour avec des perspectives de débouchés et de carrière. Mais je pourrais donner beaucoup d’autres exemples sur les industries culturelles et créatives, sur la santé ou sur l’eau. On va d’ailleurs avoir bientôt une formation sur les métiers de l’eau dans les Pyrénées-Orientales où c’est un vrai sujet d’inquiétude ».

Sophie Béjean a aussi évoqué l’académie de la mer qu’elle a elle-même impulsée, notamment dans l’objectif de « valoriser les métiers de la mer et du nautisme ». Elle partait d’ailleurs après la rencontre à Canet-en-Roussillon pour ancrer le projet.

Post-bac

« Des diplômes qui ne sont pas reconnus »

Dans la nébuleuse de l’orientation post-bac, le bachelier se retrouve face à un choix, où le meilleur peut aussi côtoyer le pire. « On se retrouve aujourd’hui avec une offre de formation d’ingénieur courte, licence, par exemple, voire licence professionnelle, et qui sont des formations accréditées », énonce Arnaud Vizarel, professeur de la faculté des sciences de Montpellier.

Une concurrence féroce de formations privées

« Je travaille dans ce milieu depuis bientôt trente ans, avec des enseignants motivés, évalués. Ce système, à mon sens, fonctionne bien. Il est contraignant mais il permet aux gens de se remettre en question régulièrement. » Dans sa démonstration, le professeur cherche à mettre en lumière l’arrivée d’une « concurrence féroce », celle des formations privées. « Dans le domaine des sciences de l’ingénieur, on voit fleurir ces écoles qui offrent des diplômes qui ne sont pas reconnus, des formations onéreuses, quand on regarde les contenus, avec des enseignants qui ne sont pas évalués, et qui ne sont parfois pas des enseignants. Et qui délivrent des diplômes non reconnus par le ministère, avec des appellations de magistères. Il faut se mettre à la place des parents ! »

Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a commencé à lancer un travail de contrôle des établissements privés. « Ce sont nos inspecteurs qui effectuent ces contrôles afin que l’on puisse dire clairement aux parents : Attention, warning ! », explique Sophie Béjean. « Il y a eu des décisions assez exceptionnelles au moment du Covid pour la relance. On comprend qu’il faut revenir à un régime que je dirais de routine et de longue durée. »

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