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«Nestlé a fraudé et trompé les consommateurs. Tous les ministres ont su et ils ont laissé faire. Ils auraient dû sanctionner et informer. Ils ne l’ont pas fait », dénonce Antoinette Guhl, rapporteure d’une mission « flash » lancée par le Sénat en avril dernier sur les « eaux contaminées ». Une enquête du Monde et de France Info avait permis de révéler que la multinationale avait recours, pendant de nombreuses années, à des « traitements interdits » pour purifier des eaux minérales vendues en bouteille. Ce mercredi, le rapport a été adopté par la commission des affaires économiques.
La sénatrice écologiste, interrogée par Le Monde, souligne que Nestlé a vendu « une eau 200 fois plus cher que celle du robinet en prétendant qu’elle provenait d’une source naturellement pure, alors qu’elle faisait l’objet de traitements interdits, filtres UV et à charbon actif ».
Le gouvernement avait été avisé par Nestlé en 2021 de son recours à des traitements litigieux. Sans rendre l’affaire publique, il a par la suite assoupli la réglementation, permettant aux industriels d’utiliser des microfiltres avec un seuil de filtration inférieur à 0,8 micron.
Une traçabilité opaque
En plus de cette tromperie, la rapporteure pointe qu’il n’est pas possible d’être sûre que la multinationale ne continue pas de « frauder » sur un de ses sites Perrier. En 2021, après avoir avoué utiliser des traitements interdits, Nestlé s’est engagé auprès de l’Etat à transformer ses usines. Dans son usine du Gard, à Vergèze, elle a alors obtenu le droit d’utiliser des traitements de désinfection pour la marque « Maison Perrier ».
Selon les informations de France Info, deux puits contaminés par des bactéries et des pesticides sont alors utilisés pour produire des boissons énergisantes et des jus de fruits. Dans cette usine sont donc produits deux types d’eau : celle qui est censée être pure « Perrier » et une autre « Maison Perrier » qui a pu subir des traitements, relève Antoinette Guhl auprès du média.
Impossible de réellement savoir car les contrôles de « traçabilités » restent opaques. Les inspecteurs de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont tenté une inspection inopinée sur le site du Gard en mai dernier et n’ont pas retrouvé dans le logiciel de contrôle « la traçabilité (de l’eau) en amont des tanks et des forages ». Interrogés, les responsables de l’usine n’ont pas non plus su indiquer l’origine de l’eau. Les inspecteurs, dans leur rapport, ont également noté qu’aucun des documents réclamés à la direction de l’usine ne leur a été remis sur place.
Une commission d’enquête déclenchée au Sénat
Contactée, la direction de Nestlé a répondu à France Info que « ce rapport est une première étape, qui n’a pas encore fait l’objet d’un contradictoire, et doit être complété par les précisions apportées par Nestlé Waters sur les différents points soulevés, qui seront transmises prochainement ».
Au-delà de cette mission « flash », le groupe socialiste du Sénat a d’ailleurs déclenché une commission d’enquête sur cette affaire. Pour Alexandre Ouizille, sénateur de l’Oise, qui porte le projet, « seule une telle procédure permettra d’aller au bout de la vérité sur ce que les Français boivent. Nous pourrons obtenir des documents essentiels et des ministres auront à témoigner sous serment à rendre compte de leurs actions », a-t-il assuré au Monde.
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